par Lena Sarrut


Enjeux sociaux, politiques, éducatifs ou encore climatiques : le congrès de l’IFLA est le lieu idéal pour observer la diversité des bibliothèques dans le monde.

Au Kazakhstan, comme au Canada, deux langues sont reconnues officiellement et utilisées par l’administration publique. Quels sont les enjeux des bibliothèques dans un contexte bilingue et comment s’en inspirer pour mieux prendre en compte les besoins des populations bilingues, allophones, multiculturelles ? Focus sur les bibliothèques de prison ! La session Advocacy and Collaboration in a time of Global Upheaval (« Plaidoyer et collaboration dans un moment de bouleversement international ») donnait la parole à des bibliothécaires de tous les continents.

Kirsten Wurman, bibliothécaire à la Manitoba Law Library et bénévole au sein du comité des bibliothèques de prison de la Manitoba Library Association (Canada) présentait dans cette session les difficultés rencontrées pour fournir des documents dans les langues natives des détenus : en effet, les populations indigènes représentent 75 à 80% de la population incarcérée dans les prisons provinciales, contre 18% dans la société en général. Autre exemple : le français est principalement usité dans la province de Québec mais il est parlé et lu par de nombreuses personnes natives dans la province de Manitoba ; cependant, comme aucune loi n’a été ratifiée sur la présence de bibliothèques dans les prisons provinciales (au contraire des prisons fédérales), la majeure partie des collections, issues de dons, demeurent en anglais.

Au Kazakhstan, où deux langues sont reconnues officiellement et largement pratiquées, les collections se dédoublent en russe (principalement) et en kazakh. Zanyatta Shinar, responsable du réseau des bibliothèques d’Astana, expliquait que son service était uniquement autorisé à envoyer des ouvrages en prison, sans aucune possibilité de s’y rendre. En l’absence de moyens pour se rendre sur place afin de comprendre et recueillir des données à analyser sur les besoins des populations incarcérées sur le territoire, il est difficile pour les professionnels et les bénévoles d’améliorer l’accès à la lecture au sein des prisons.

À titre de comparaison, en France, le CNL finance l’acquisition d’ouvrages pour les bibliothèques de prison uniquement en langue française. Or les besoins sont nombreux dans des langues telles que l’arabe, le russe, le roumain, l’anglais ou encore l’espagnol.

Dans un monde en mouvement, comment généraliser la cohabitation des langues et des cultures au sein de nos bibliothèques ? La question se pose pour les prisons mais aussi pour toutes les bibliothèques implantées dans des villes et quartiers multiculturels. Les sections Services équitables et accessibles en bibliothèque et Services aux populations multiculturelles de l’IFLA ont tout intérêt à travailler ensemble sur cette question.

Recommandation 1 : pour en savoir plus sur la lecture en prison en France, il existe le site lecture-justice.org

Recommandation 2 : si vous passez par Astana, allez jeter un œil à la bibliothèque publique Eagilik, gérée par une fondation au cœur d’Astana, qui propose des collections en anglais, en russe et en kazakh.


Lena Sarrut conduit une thèse à l’Université de Lille (laboratoire CEAC) sur l’expression écrite et dessinée des personne détenues. Entre 2018 et 2025, elle a travaillé au sein de l’association Lire C’est Vivre, qui gère et anime les 10 médiathèques du Centre Pénitentiaire de Fleury-Mérogis.

Elle est membre de la commission Formation de l’ABF.