par Mathilde Koskas


La question des femmes dans les bibliothèques présente bien des facettes : aujourd’hui majoritaires parmi les employé·es de nos institutions, elles sont encore sous-représentées dans l’encadrement de celles-ci ; comme lectrices et usagères, elles ont des besoins spécifiques ; comme productrices d’information, elles sont trop souvent invisibilisées.

Depuis le début des années 2010, l’IFLA disposait pour porter ces questions du groupe d’intérêt spécial Femmes, information et bibliothèques (en anglais, WIL, acronyme choisi par ses fondatrices pour symboliser la force de volonté qui les animait).

WIL a porté toutes sortes de discussions transverses, de coopérations et de regards croisés : il a contribué à la prise en compte dans les normes pour l’accueil des personnes déplacées et réfugiées des besoins spécifiques des femmes et des filles, il a aidé les professionnelles des bibliothèques confrontées aux espaces encore très genrés que sont l’informatique ou l’encadrement supérieur, il a donné de l’écho aux questions de vocabulaires inclusifs et d’indexation matière respectueuse, il a invité la communauté professionnelle à examiner les questions d’éthique dans nos collections et nos rapports aux personnes, et il a même organisé la toute première non-conférence de l’IFLA.

[voir l’interview consacrée à WILSIG par le Cfibd en 2017]

Tout récemment encore, le groupe a lancé une bibliographie internationale d’ouvrages pour la jeunesse sur l’émancipation des femmes et le tout premier numéro de son infolettre.

C’est dans ce contexte que la décision du comité directeur de l’IFLA est tombée : le groupe cesse d’exister.

Cette décision, qui ne peut s’expliquer par un manque d’utilité ou d’intérêt, vient sans doute des nouvelles règles de gouvernance et de l’application stricte qui semble vouloir en être faite : comme auparavant, les groupes d’intérêt spéciaux sont destinés à traiter des sujets éphémères ; il leur est demandé, si leur sujet s’avère d’intérêt pour la profession sur le long terme, de se transformer en section. Cependant, le mode de recrutement et de fonctionnement des sections est peu adapté à certains sujets : les institutions membres, si elles soutiennent l’engagement de leurs employé·es dans ces domaines comme une activité complémentaire de leur volontariat dans une section plus traditionnelle, ne sont pas forcément prêtes à l’investissement financier que représente l’adhésion à une section et la nomination de candidat·es pour celles-ci.

Lors de son webinaire de clôture, les anciennes responsables du groupe WIL ont appelé à l’optimisme et à l’initiative : le besoin d’un groupe sur les questions qui concernent les femmes et les filles et leur rapport à l’information au sein de l’IFLA ne fait pas de doute, et ce groupe a su à plusieurs reprises renaître de ses cendres et se réinventer pour le temps présent. Il a suffi d’une poignée de personnes enthousiastes et déterminées pour faire éclore WIL et ses prédécesseurs. Souhaitons que l’IFLA d’aujourd’hui soit aussi ouverte à ces initiatives qu’elle l’a été par le passé.


Mathilde Koskas est cheffe du service de la Bibliographie nationale française – Livres à la BnF. Elle est présidente de la section Catalogage de l’IFLA. Elle a été coordinatrice du groupe Femmes, information et bibliothèque de 2015 à 2019.