par Fabien Vandermarcq, boursier du Cfibd
Relindial (« Religions: libraries and dialogue ») cesse d’exister. C’est la triste nouvelle du congrès d’Astana. Au-delà des regrets, c’est l’occasion de dresser le bilan de douze années d’activités et d’en tirer quelques enseignements.
Fondé en 2013, le groupe d’intérêt spécial (SIG) Relindial œuvrait à l’engagement des bibliothèques en faveur du dialogue des religions et des cultures. Trois ouvrages et de nombreux articles ont été publiés sous son égide. Le groupe a été associé à une vingtaine d’évènements dans et hors de l’IFLA. Il a soutenu le développement du logiciel Diamond (ex Al-Kindi) et lancé plusieurs initiatives. Sa réalisation la plus aboutie est probablement le projet Relindial Cartonera : faire échanger des publics d’origines diverses sur des sujets spirituels ou philosophiques et les faire fabriquer des livres consacrés à ces thèmes avec des matériaux recyclés.
Cependant, le groupe était fragile. Comme la plupart des SIG, il a longtemps reposé sur une poignée d’animateurs : que l’un vienne à manquer et tout était menacé. Relindial a eu du mal à diversifier un public provenant essentiellement d’Europe ou d’Amérique du Nord. Le thème de la religion a pu susciter la réticence de certains collègues. D’autres ont eu l’interdiction de participer à ses activités en raison de choix politiques de leurs pays d’origine. Enfin, il est possible que la notion de « dialogue », certes louable, ait pu jouer un rôle contreproductif, certains acteurs venant de zones religieusement homogènes ne se sentant pas concernés par un groupe dont le libellé ne correspondait pas à leur situation. Plus surprenante est la réserve de certains responsables de bibliothèques religieuses. Bien sûr, il en est à qui la notion même de dialogue interreligieux donne des boutons. Mais on trouve aussi, chez d’autres, pourtant plus ouverts, un refus de quitter un entre-soi local ou confessionnel et de s’ouvrir vers l’extérieur, par manque d’intérêt ou par crainte d’un environnement perçu comme hostile.
Du côté de l’IFLA, Relindial n’aura pas survécu aux nouvelles règles et procédures qui limitent désormais la durée d’existence des SIG. Il faut devenir une section ou disparaître. Cette rigidité procédurale va de pair avec une inflation paperassière lourde à assumer. On peut regretter que des entités légères, créatives et souples, fassent les frais d’une certaine bureaucratie. Relindial n’est malheureusement pas seul à cesser ses activités. Si un groupe comme LGBTQ Users est parvenu à devenir une section, d’autres n’y sont pas arrivés.
Pour finir sur une note un peu optimiste, il semble qu’il y ait, à l’IFLA, une volonté de ne pas abandonner les thèmes religieux. On peut espérer leur réapparition, sous une forme ou une autre. Du côté des bibliothécaires, si cet épisode peut mener à plus d’ouverture et de coopération, cela aura été un mal pour un bien.
Fabien Vandermarcq est conservateur de la Bibliothèque de la Société de Port-Royal.
Il a dirigé le groupe Relindial en 2022-2023.
Bonsoir Monsieur,
Moi je ne comprenais pas les objets de Relindial. Mais je soutiens au contraire que la thématique sur les religions soit maintenu.